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Toilettes insolites

À L’ÉCOLE ON SE RETIENT

S’il est une collectivité où la question des latrines a de tout temps été essentielle, c’est l’école, un important dossier qui traverse les siècles. Collèges et universités du Moyen Âge relèvent pour la plupart de l’Église. Et leurs latrines diffèrent peu de celles qui équipent les monastères... quand elles existent, ce qui n’est pas toujours le cas. On sait ainsi que les dortoirs des collèges ne sont pas systématiquement dotés de latrines, réduisant alors les pensionnaires à l’usage du vase de nuit individuel. Et à procéder, comme tout un chacun en ville, au vidage du pot directement dans la rue. Les comptes-rendus de procès intentés par des voisins mécontents et des passants souillés, au début du xviiie siècle, nous apprennent que certains collèges furent condamnés à bloquer les fenêtres des dortoirs, et à surveiller leurs ouailles de plus près. Le milieu scolaire au xixe siècle, ère de l’hygiénisme, mérite surtout notre attention car il est un lieu d’exemplarité. Apprendre la propreté aux enfants, c’était l’imposer dans les foyers, et finalement à toute la société. Hygie n’aurait pas dit mieux! L’enjeu est de taille, en ce milieu de siècle où certains externats sont tout simplement dépourvus de lieux d’aisance. En 1882, la Commission d’hygiène scolaire française émet enfin ses recommandations. Unanimement, ces messieurs de la faculté de médecine excluent les toilettes à la turque pour préférer les sièges à cuvette. Tandis que les experts en pédagogie précisent que les portes des cabines seront basses et sans verrou. Une estrade permettra au professeur, perché dessus, de garder un œil sur les élèves (ainsi réduits à une tête et des pieds !). Une façon, totalement assumée, de limiter les « habitudes vicieuses » auxquelles les lieux d’aisance inviteraient ces jeunes âmes, et de ne pas faire du petit coin un prétexte à l’absentéisme. Restait à dessiner et diffuser dans toutes les écoles de la République la cuvette idéalement inclinée, aux proportions parfaites, qui empêcherait le jeune utilisateur de s’y installer accroupi, et l’obligerait à s’asseoir. Ce qui fut fait. Plus d’un siècle plus tard, une étude nous apprend que près de 80 % des élèves français préfèrent se retenir plutôt que d’aller aux toilettes à l’école. Saisissant ! Il reste donc des progrès à faire.




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